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La Lozère rêve de réduire sa fracture numérique

France Info - 7 janvier 2010

Parmi les 154 mesures du plan de développement de l’économie numérique présenté il y a un an par Eric Besson (à l’époque secrétaire d’Etat à la prospective et à l’économie numérique), figurait l’instauration pour chaque Français, à compter de janvier 2010, d’un droit opposable à bénéficier "d’un accès à internet haut débit à un tarif abordable, inférieur à 35 euros par mois, matériel compris". Objectif : lutter contre "la fracture numérique". Sur le terrain, 2 à 4 millions de Français sont encore privés de haut débit. Comme en Lozère, où le haut débit reste une denrée rare et chère…

Plus petit département de France par sa population (73 500 habitants), l’un des plus grands par sa surface ( 5 167 km2), pour Pierre Ygrié, président de l’association les Webs du Gévaudan, la Lozère est numériquement sinistrée. "Pas de dégroupage, très peu d’entreprises dans le secteur des technologies de l’information et de la communication (15 sur les 3 000 de la région), fort pourcentage de Lozériens en bas débit, et le vrai, du 128kbits pas du 512 !" s’indigne-t-il. Dix ans après son retour dans son village natal, ce retraité engagé constate une réelle "fracture entre les internautes des villes et les internautes des champs" .

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Le Plus de France Info était consacré ce matin à la fracture numérique en Lozère  (4'17")
 

Et maintenant ?

Les opérateurs privés ne se bousculent pas en Lozère. Pas assez de clients potentiels... Le 11 décembre dernier, la région a donc signé un partenariat public-privé avec France Télécom pour "garantir l’accès au haut débit à 99,6% de la population du Languedoc Roussillon. Il offrira un minimum de 2 Mbits/s à au moins 80% de la population de chaque commune et 100 % avec la solution satellitaire", annonce le communiqué de presse. 555 communes seront concernées, avec "le meilleur rapport qualité prix". Soit des tarifs d’abonnement inférieurs à 30€ .

 
France Info - Dans le schéma de gauche, plus les abonnés sont éloignés du sous répartiteur plus leur débit de connexion s’affaiblit. Avec le système NRA-ZO à droite, on rapproche les abonnés du sous répartiteur et on leur permet d’accéder à un meilleur débit.

Dans le schéma de gauche, plus les abonnés sont éloignés du sous répartiteur plus leur débit de connexion s'affaiblit. Avec le système NRA-ZO à droite, on rapproche les abonnés du sous répartiteur et on leur permet d'accéder à un meilleur débit.
© Atelier numérique des territoires

 

Pour gommer une à une les "zones blanches" lozériennes, France Télécom a choisi sa technologie : le NRA-ZO. En résumé, ce procédé technique permet de rapprocher l’abonné du central qui le branche sur internet. On reste donc sur une technologie qui utilise toujours le fameux réseau France Télécom de fils de cuivre et fournit du 2 Mbits/s. Le rêve pour certains, une stratégie à court terme pour d’autres. Selon Pierre Ygrié, "L’erreur est toujours initiale" . "Le pire c’est que cette solution paraitra satisfaire tous le monde, les élus régionaux et les internautes en bas débit pour qui le 2Mbits/s est aujourd’hui un rêve inaccessible. Ils ne réaliseront leur erreur que lorsqu’avec l’augmentation exponentielle des contenus, ils seront bloqués à cette barre et ne pourront plus bénéficier de la nécessaire montée en débit", explique-t-il sur le blog des Webs du Gévaudan.

Michel Lebon, consultant télécoms, n’est pas convaincu par la solution de France Télécom  (0'51")
 

’’Le mieux est parfois l’ennemi du bien’’ rétorque Anne-Yvonne Le Dain.  Vice-présidente de la Région déléguée au développement économique et aux nouvelles technologies de l’information  (1'07")
 

Une solution insuffisante pour les entreprises
 
France Info -

 
France Info - Un extrait de la carte de voeux du Conseil général de la Lozère.

Un extrait de la carte de voeux du Conseil général de la Lozère.

"La Finlande a prévu d’équiper 100% de sa population avec de la fibre et du 100Mbits/s d’ici 2013. Pourquoi la France n’a pas cette ambition ?", s’interroge Laurent Caplat, fondateur du site de e-commerce lozérien bienmanger.com. Le président du Conseil Général, Jean-Paul Porquier a fait du numérique "la priorité" de son mandat. En 2006 il lance une délégation de service public pour amener du très haut débit dans le département. La création d’un syndicat mixte autour de l’A 75 permet la création d’une colonne vertébrale en fibre optique sous l’autoroute. Objectif : déployer à partir de cette "autoroute numérique" de la fibre et du Wimax dans les chefs lieux de canton et amener du 10Mbits/s, mais en priorité aux entreprises des zones d’activités.

Dans le département voisin l’Aveyron, traversé par l’A 75 et son autoroute numérique, la situation est ubuesque. Guy Durand, maire de Millau  (1'59")
 

Le très haut débit ’’dans 18 mois’’ c’est promis ! Jean-Paul Porquier, président du Conseil Général  (1'59")
 

Problème : le prix du ticket de péage pour accéder à l’autoroute numérique est salé. 15 000 euros par an, autant dire le loyer d’un local en banlieue parisienne équipé de haut débit pour certaines entreprises qui songent à faire leurs valises. "Quand je vois des publicités à la télévision pour du triple play (télé, internet, téléphone) à 40 euros par mois et qu’ici ça me coûte le double, j’ai l’impression d’être un citoyen de seconde zone", soupire Laurent Caplat. Interviewé par le journal 36 000 communes en octobre 2008, le directeur des relations avec les collectivités de France Télécom, Bruno Janet voyait dans la solution NRAZO "la preuve que les zones rurales ne sont pas victimes d’un traitement pénalisant". Il semblerait que les Lozériens n’en soient pas encore totalement convaincus.

Caroline Caldier


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