La distribution d’argent annulée, le coup de pub dégénère
France Info - 14 novembre 2009C’était une opération publicitaire de la société Rentabiliweb, la maison mère du site internet Mailorama.fr. Elle avait annoncé son intention de distribuer ce matin au moins 25.000 euros près de la Tour Eiffel, dans Paris. Plusieurs milliers de personnes se sont présentées et l’affaire a failli très mal tourner. Face à l’affluence, l’opération a été annulée, provoquant la colère de bandes de jeunes. Plusieurs dizaines d’entre eux ont alors retourné une voiture, brisé plusieurs vitres et agressé plusieurs personnes. Le ministère de l’Intérieur a annoncé son intention de porter plainte pour "troubles engendrés".
« Nous nous sommes aperçus que la sécurité va être difficile à assurer. Par conséquent j’ai décidé d’annuler toutes les distributions publiques d’argent pour l’instant... Je pense que c’est une décision sage. Je reverserai l’intégralité de la somme qui était prévue au Secours populaire dès lundi », a expliqué Jean-Baptiste Descroix-Vernier, le président de Rentabiliweb.
Près de 7000 personnes, venues de toute la région parisienne, attendaient impatiemment les plusieurs dizaines de milliers d'euros promis.
© RF / Jean-Louis Dell'Oro
« Suite à des troubles majeurs à la circulation dans le secteur Champ de Mars et d’importants mouvements de foule, la Préfecture de police de Paris a demandé à l’organisateur, conformément à son engagement, de ne pas procéder à la distribution d’argent », a déclaré la Préfecture de police. Jusqu’à 7000 personnes s’étaient ainsi retrouvées à l’arrière du parc du Champ de Mars, toujours selon la préfecture. L’organisateur s’est complètement fait déborder par l’événement. Seule une dizaine d’agents de sécurité d’une agence privée étaient présents, selon les journalistes sur place contre les 50 qu’affirme avoir embauché l’organisateur. Des barrières métalliques avaient également été installées, mais ont été aussitôt enjambées par la foule. Pendant une heure, l’espoir de glaner facilement quelques euros a provoqué plusieurs mouvements de foule.
Énervés par la décision de l’organisation, plusieurs dizaines de jeunes ont ensuite commencé à lancer des oranges et des pommes sur des voitures, des enseignes et des vitrines à proximité du Champ de Mars, au carrefour de l’Ecole militaire. Des forces de police ont alors pris position dans le quartier. Une voiture, vraisemblablement un véhicule banalisé de la police, a été retournée et vandalisée. Plusieurs personnes ont été agressées, dont une qui a été rouée de coups. Au total, une dizaine de personnes ont été interpellées. Neuf d’entre elles ont été placées en garde à vue pour « jets de projectile » et « dégradations du mobilier urbain ».
| La distribution d’argent liquide n’a pas eu lieu, le reportage, Mathieu Culeron (2'05") | |
| L’absence de regrets de Stéphane Boukris, l’organisateur de cette opération Il répond à Sébastien Paour (1'56") | |
Des bandes de jeunes ont lancé sur la police des oranges et des pommes d'un supermarché avoisinant, avant de retourner et de piller une voiture.
© RF / Jean-Louis Dell'Oro
Vers 12h15, la foule ne s’était toujours pas dispersée, certains espérant encore que la distribution ait lieu. “Ce n’est pas possible. Ils vont venir. J’ai vu le bus (de Mailorama) stationner au niveau de l’Arc de Triomphe. Ils vont distribuer cet argent”, soutient Hamid, un jeune d’une vingtaine d’années venu de Pontoise, et arrivé à 08h00 avec des amis pour être parmi les premiers. “On est en manque d’argent”, ajoute Mounir, l’un de ses amis. “Ce serait scandaleux s’ils ne le distribuaient pas, ça fout la rage s’il n’y a pas de billets”. De son côté, Gérard, un Parisien d’une quarantaine d’années, se demande “si finalement ce n’était pas un canular”. “Ce qui est sûr, c’est qu’ils se sont fait une grosse pub”, observe-t-il.
Le ministère de l’Intérieur a annoncé samedi son intention de déposer plainte contre l’organisateur pour « troubles engendrés » . La préfecture rappelle qu’elle avait fait savoir à Rentabiliweb que « la distribution d’argent comme support publicitaire était interdite » et qu’elle avait souligné « les risques de troubles de l’ordre public dont il est responsable ». La préfecture explique qu’elle n’avait cependant pas le pouvoir juridique d’interdire la manifestation.
Plus d'une heure après le début prévu de l'opération, plusieurs milliers de personnes ne s'étaient pas encore découragées.
© RF / Jean-Louis Dell'Oro
Jean-Louis Dell’Oro
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