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Fonds monétaire européen : une fausse solution ?
Emmanuel Kessler - 11 mars 2010
C’est le débat qui agite toute l’Europe, alors que les Grecs sont aujourd’hui en grève générale : faut-il créer un Fonds monétaire européen, pour aider les pays de la zone euro en cas de désastre financier. Pourquoi cette idée est-elle en train de faire son chemin ?
| Version audio : multiples obstacles pour un FME... (2'21") | |
Un fonds pour faire front. Ce qui se passe, c’est que personne n’avait prévu qu’un pays membre de l’euro pourrait se retrouver en quasi-faillite et menacer l’édifice de la monnaie unique, 10 ans après son lancement. Il y a avait pourtant des systèmes de contrôle : les critères de Maastricht, pour limiter les déficits et la dette ; les avertissements, voire les sanctions de Bruxelles en cas de dépassement. Mais la Grèce s’est retrouvée comme un chauffard qui échappe à tous les radars. Il faut donc maintenant quelque chose de nouveau, à la fois pour qu’elle récupère son permis de conduire et pour être sûr qu’elle ne commettra pas de nouveaux excès de vitesse. C’est le principe de ce FME, qui serait le cousin du Fonds monétaire international, installé à Washington : apporter une aide financière aux pays en difficulté dans la zone euro, mais en échange de mesures d’austérité très sévères, pour les forcer à revenir dans les clous.
L’Allemagne soutient la création de ce FME, la France veut expertiser le projet. C’est ce qu’a déclaré hier François Fillon. Est-ce que ça a des chances de voir le jour ?
C’est pas demain la veille. Pour mettre en place un fonds, il faut des fonds. Et, surtout en ce moment, il va être difficile d’alimenter une telle caisse alors même que les membres de l’Union ne veulent pas entendre parler d’une augmentation du Budget européen. Deuxième obstacle : il faut une révision des traités européens. Et ça, ça prendrait des années ! Avec un résultat incertain. On l’a vu avec les affres du Traité de Lisbonne. Regardez aussi la grève en Grèce aujourd’hui, le principe : soutien financier contre austérité imposée, c’est une machine à renforcer le sentiment anti-européen dans les pays qui seraient sanctionnés. Et demain, si c’est l’Espagne, voire la France qui est concernées, comment ça passera ? Enfin, l’Europe, déjà doté d’une banque centrale, d’une banque d’investissement, d’un Eurogroupe, plus la commission, s’en sortira-t-elle mieux avec un « machin » de plus ? On peut en douter. On ne voit pas d’accord se dessiner là-dessus. Tout ça illustre les tatonnements face à une crise imprévue et inédite. Le FME est pour l’heure un problème, au moins autant qu’une solution.
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