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Emmanuel Kessler

Rédacteur en chef adjoint de la chaîne parlementaire Public Sénat, il a rejoint France Info en 2007 pour un décryptage quotidien de l’économie.

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Dette publique : et si l’Europe plongeait ?

Emmanuel Kessler - 5 février 2010

C’est la contagion en Europe. Après la Grèce, l’Espagne et le Portugal font à leur tour l’objet de très grandes inquiétudes sur l’état de leurs finances publiques. Du coup la Bourse de Madrid a plongé de près de 6% hier, celle de Lisbonne de 5%. D’où vient cet affolement ?

Version audio : ces "PIGS" qui affolent les marchés...  (2'19")
 

Il vient de l’état de santé des « Pigs ». « Pig » : c’est comme ça que les appelle les financiers anglo-saxons. P pour Portugal, I pour Irlande, G pour Grèce, S pour Spain, l’Espagne. Les cochons. On dirait, nous, les moutons noirs de l’Europe. Leurs finances ont plongé de façon vertigineuse. Tant qu’il n’y avait que la Grèce, ce n’était qu’un coup de canif. Elle pèse peu dans l’économie de l’Europe. Mais avec les déboires de l’Espagne, passé en deux ans d’un excédent sur ses comptes publics à un déficit de 11%, ça ressemble à une déflagration. Car là, il s’agit d’un poids lourd de la zone euro. L’angoisse des marchés boursiers, elle vient du fait que ces pays ont un niveau d’endettement tel qu’on commence à douter de leur capacité à rembourser. Du coup, ils ne trouvent des prêteurs qu’en offrant un taux d’intérêt de plus en plus élevé. Une prime de risque. Et c’est l’engrenage. Il y a aujourd’hui la crainte d’un Lehman Brothers européen. Lehman, la banque américaine dont la chute a précipité le monde dans la crise par un effet domino. Et cette fois, la chute ne viendrait pas d’une banque, mais d’un Etat.

Mais est-ce que l’euro, la monnaie unique, ne sert pas de protection ?

Sur le papier, appartenir à l’euro, c’est donner une garantie quand à sa solidité financière. Puisque quand on appartient à ce club, on doit en principe respecter des limites de déficit et de dette. Mais vous savez que tout cela a explosé avec la crise. Pour soutenir les économies, les Etats ont distribué milliards après milliards. Et à l’heure des comptes, c’est l’euro lui-même qui est affaibli. Parce qu’un investisseur qui vient dans l’euro, il achète de la dette, dans une situation économique très incertaine. On se plaignait de l’euro fort, qui rend plus difficile les exportations des entreprises. Mais aujourd’hui, l’euro plus faible n’est pas meilleur : il est le signe d’une situation qui dérape et d’un grand soupçon sur la reprise économique. D’autant plus incertaine, qu’elle pourrait être étouffée par les plans de rigueur que les Etats sont maintenant obligés de mettre en place pour essayer de redresser la barre.


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