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Thon rouge : la France, amie des poissons
Emmanuel Kessler - 4 février 2010
La France s’est déclarée hier pour une interdiction du commerce du thon rouge. Mais elle propose un délai de 18 mois avant de la mettre en œuvre. C’est en mars à Doha lors d’une conférence internationale que doit se jouer l’avenir de cette pêche. Les pêcheurs expriment leur colère. Est-ce qu’elle est justifiée ?
| Version audio : une pêche très particulière... (2'17") | |
Ils voient... rouge. Mais il y a une bonne dose de corporatisme dans cette filière qui compte en réalité beaucoup de privilégiés de la pêche. C’est un marché très rémunérateur dans la pêche française qui a bénéficié d’un effet de mode – celle du sushi –. Il a attiré des marins qui y ont vu depuis un peu plus de dix ans un filon pour obtenir des revenus très confortables. Bref on n’est plus dans la spéculation que dans la tradition. 90% des prises françaises sont réalisées par moins de 30 gros bateaux. Ils pratiquent une pêche industrielle qui alimente, pour l’essentiel, le marché japonais. 30 bateaux sur 6 000 en France. De gros armateurs derrière lesquels on trouve des investisseurs turcs, libyens, croates même. C’est cette pêche qui est visée par la position du gouvernement. Parce qu’elle s’est effectivement développée avec une technique dévastatrice, au point qu’on constate un épuisement dans la ressource en Méditerranée. A côté de ça une petite pêche côtière, notamment dans le pays basque, plus diversifiée et plus artisanale, et pour qui justement les 18 mois de sursis voulus par la France doit permettre de s’adapter.
Un délai qui justement est très contesté par les écologistes. On a l’impression que la position du gouvernement ne satisfait personne …
C’est pourtant une décision symbolique parce que pour la 1ère fois, elle n’est pas dictée par la pression de Bruxelles, mais beaucoup plus par une préoccupation écologique qui s’exprime à travers la pression des ONG, des associations de défense de l’environnement. En Europe, pour schématiser, il y a deux camps. Les pays du Sud : amis des pêcheurs. Les pays du Nord : amis des poissions. La France était plutôt dans le premier et elle est sur le point de basculer. Un tournant symbolique qui devrait donner… le ton d’une position européenne. Mais les uns et les autres se nourrissent dans le même océan. Ils ont donc en réalité intérêt à s’entendre.
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