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Partage des profits, généreux mais irréaliste
La fameuse règle des trois tiers est-elle toujours d’actualité, alors que s’ouvre le sommet social avec les partenaires sociaux à l’Elysée cet après-midi ? Une idée de Nicolas Sarkozy, un tiers des bénéfices des entreprises pour les salariés, un tiers pour les actionnaires et un tiers pour l’investissement.
Sur le papier l’idée de Nicolas Sarkozy est très séduisante. Malheureusement elle ne tient pas économiquement. En effet la plupart des entreprises dépensent déjà chaque année en salaires beaucoup plus que ce qu’elles dégagent de bénéfices. En 2007 672 milliards d’euros ont été distribués en salaires, en participation et en intéressement, 120 milliards en dividendes aux actionnaires et 147 milliards à l’investissement. Ce sont les chiffres de l’Insee reconnus par tous. Mais si l’idée de Nicolas Sarkozy est de partager en trois les bénéfices en plus des salaires déjà payés dans les charges des entreprises, là on entre dans une autre logique. D’ailleurs hier Laurence Parisot la patronne du Medef a été très claire, le profit distribuable dit-elle se divise en deux les dividendes et l’autofinancement, et pas en trois, sinon on touche au droit de propriété de l’actionnaire. Un exemple Total 14 milliards d’euros de bénéfices en 2008, cela ferait près de 5 milliards pour les salariés en intéressement. Le jack pot, le loto. Irréaliste. L’année dernière ils ont touché un peu plus de 100 millions , contre plus de 5 milliards aux actionnaires, et 13 milliards à l’investissement pour trouver de nouveaux champs de pétrole. En moyenne d’après l’INSEE les Français perçoivent 5 et demi % des bénéfices des entreprises en participation et intéressement.
Alors si cette idée est totalement irréaliste, pourquoi Nicolas Sarkozy l’a-t-il lancé ?
D’abord parce qu’il adore prendre tout le monde à contrepied en reprenant une revendication de la gauche à son compte. Ensuite parce qu’il rencontre ainsi l’opinion publique qui a la sensation que les profits s’envolent et les salaires stagnent. Pourquoi ? D’abord à cause de l’effet grossissant des superprofits des entreprises du CAC 40. Ensuite, l’accroissement des inégalités sociales, si la part des salaires n’a pas changé, ce sont les salaires les plus élevés qui augmentent le plus vite. Enfin malgré les pertes en bourse de ces derniers mois, les actionnaires ont vu globalement leurs plus-values augmenter plus vite que les salaires. Le partage des profits reste donc un sujet d’actualité en temps de crise, mais un sujet qui sera vite abordé cet après-midi et sans doute renvoyé à une négociation entre partenaires sociaux. L’objectif sera d’augmenter la participation et l’intéressement qui ne touche encore que les grandes entreprises et les grosses PME. Le problème c’est qu’en temps de crise ces compléments de salaires fondent comme neige au soleil. Il faudra attendre la reprise pour gagner plus de pouvoir d’achat.
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