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Emmanuel Kessler

Rédacteur en chef adjoint de la chaîne parlementaire Public Sénat, il a rejoint France Info en 2007 pour un décryptage quotidien de l’économie.

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JO de Pékin : un boycott trop coûteux

Emmanuel Kessler - 25 mars 2008

L’Occident peut-il boycotter les JO de Pékin ? Les pressions s’accentuent sur le régime chinois après la répression des violentes émeutes au Tibet. Du côté du Comité international olympique, on estime qu’il n’y a pour l’instant pas d’élan sur la scène internationale pour un boycott des jeux. La défense des droits de l’homme peut-elle l’emporter sur les enjeux économiques des JO ?

Version audio : Les JO, enjeu politique... et économique ; le livret A dans toutes les banques, Jaguar chez les Indiens...  (4'08")
 

En 1879, en Irlande, en pleine famine, des fermiers s’étaient ligués contre leur riche propriétaire qui leur rendait la vie insupportable. Quitte à sacrifier une récolte, ils ont refusé de travailler pour lui et ne l’ont plus payé. L’homme fut rapidement ruiné. Son nom : Charles Boycott. Voilà pour l’histoire. Aujourd’hui, il s’agirait de boycotter un Etat qui veut faire des JO la vitrine de son grand bond en avant. La pression est utile ; la menace peut servir car la Chine a besoin de créer le meilleur climat possible autour de "ses" jeux. En revanche, le passage à l’acte est irréaliste. Pour deux raisons. D’abord, parce que la machine olympique qui s’est mise en branle pour Pékin il y a presque 7 ans est un spectacle mondial dont les bénéficiaires sont très loin d’être exclusivement chinois. Que ce soit à travers les droits de retransmissions télé ou plus encore le sponsoring, qui sont les deux principales ressources du Comité olympique. Coca-Cola, Mc Donald’s pour les Américains, mais aussi le suisse Omega ou encore l’Allemand Adidas : au total, ils ont payé chacun 100 millions dollars pour devenir partenaire et comptent sur l’événement pour doper leurs affaires sur place. La deuxième raison, c’est qu’un boycott proprement dit déclencherait une lame de fond anti-occidentale en Chine et que les gouvernements aux Etats-Unis comme en Europe ne voudront pas en prendre le risque.

Pourtant il y a un précédent avec le boycott des Jeux de Moscou en 1980. Est-ce ce que ça ne peut pas se reproduire ?

Non, parce qu’à l’époque l’URSS était surtout un adversaire alors que la Chine d’aujourd’hui est un partenaire. Difficile de faire sans elle, surtout en ce moment. Ces jeux surviennent dans un contexte de montée en puissance politique et économique de la Chine, usine du monde mais aussi banquier de l’Amérique, dont elle a financé la dette. Il n’y a qu’à voir ce petit exercice de fiction réalisée il y a quelques mois par une grande banque française : en cas de rupture de toutes relations commerciales, la Chine verrait plonger son PIB mais l’Europe et les Etats-Unis perdraient aussi un point de croissance et verraient les prix grimper encore de 4 à 5%, faute d’arrivée des tee shirts et autres écrans plats bons marchés. Quand le CIO a confié les JO à la Chine, on se doutait déjà qu’elle ne deviendrait pas un modèle pour les droits de l’homme. Mais aujourd’hui, avec l’empire du Milieu, il n’est plus possible de choisir les solutions extrêmes.


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