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L’actualité politique décryptée par Marie-Eve Malouines, chef du service politique de France Info.

Marie-Eve Malouines

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Tout va bien, mais tout va mal, pour Nicolas Sarkozy à mi-mandat

France Info - 5 novembre 2009

La politique ce soir, c’est cette montée au créneau médiatique et simultanée de Nicolas Sarkozy et François Fillon…. Le Premier ministre en « on » dans le quotidien Le Monde… Le chef de l’Etat en « off » auprès d’une demi-douzaine de confrères de la presse écrite… Et au bout du compte, un sentiment de confusion,

Demain, cela fera 2 ans et demi, que Nicolas Sarkozy a été élu président de la République… Une étape qui marque toujours une césure dans un mandat… Avant, on est dans la phase ascendante, la mise en œuvre d’une politique, d’un programme, d’un style… tous les possibles sont encore envisageables… Après, on bascule… Le compte à rebours vers la fin de mandat commence… On ne pose plus des jalons, on a déjà un passé, l’état de grâce est oublié, on commence à établir des bilans… Généralement, c’est une épreuve difficile pour les présidents de la République… et dans sa dernière interview au Figaro, le 15 octobre, Nicolas Sarkozy pouvait se vanter de bien mieux passer cette épreuve que ses prédécesseurs… Ce qui est vrai… ce qui est le paradoxe de Nicolas Sarkozy, tout va bien et en même temps, tout va mal…

Tout va bien… les sondages ne sont quand même pas très bons…

Non, ça c’est à classer au registre des tout va mal… Les sondages de Nicolas Sarkozy, ne sont pas formidables, mais d’autres avant lui ont connu pire… Valéry Giscard subit la fronde de son Premier ministre Jacques Chirac en 76… François Mitterrand a du aborder le tournant de la rigueur en 83… Jacques Chirac a du prendre le risque de la dissolution en 97… Nicolas Sarkozy lui, se rengorge d’avoir gagné les européennes, de toujours suivre la même politique, que son Premier ministre assume avec une loyauté impassible… C’est vrai que dans ce registre, du tout va mal, on peut aussi lister la fronde des parlementaires, prêts à pétitionner (avec l’aval supposé d’un conseiller élyséen) contre des décisions du gouvernement… il y a aussi des ministres, qui semblent gênés aux entournures quand ils doivent un jour défendre le fils du président, puis le lendemain, saluer avec la même conviction, sa volte face pour la présidence de l’EPAD… Tout aussi engoncés dans leurs éléments de langage, ces ministres, pour s’indigner des attaques subies par le ministre de la culture Frédéric Mitterrand… Mais ils le font avec la meilleure application possible, et le président apprécie…

Alors qu’il n’apprécie pas les incartades de Rama Yade…

Elle est accusée de jouer perso… elle a du mal à s’insérer dans une équipe, juge Nicolas Sarkozy… Et l’avenir de la jeune ministre semble incertain dans le prochain gouvernement… Pourtant, Rama Yade n’a jamais eu la langue dans sa poche… Quand elle s’était indignée de la visite du Libyen Mouammar Kadhafi en décembre 2007, la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme n’a pas été reprise publiquement… Ni quand elle a critiqué le régime chinois… Elle était même aux cotés de Carla Bruni Sarkozy pour rendre hommage au Dalaï Lama… A l’époque, l’Elysée a même laissé dire que cette posture rendait service au chef de l’Etat… Mais aujourd’hui, c’est différent… Tout ne va pas si bien… et les fortes têtes n’ont plus la côte en sarkozie…

Mais vous disiez quand même, que tout va bien pour Nicolas Sarkozy…

C’est ce que disait le chef de l’Etat le mois dernier… Il a gagné les élections… son Premier ministre est fidèle, apprécié et respecté dans sa majorité… le président de la République n’a pas d’adversaire connu… et si la présidentielle avait lieu aujourd’hui, Nicolas Sarkozy serait réélu… D’où vient alors ce sentiment de malaise ? C’est que justement, peut-être, Nicolas Sarkozy a fait le vide autour de lui… Le PS est laminé… soit.. Mais la majorité n’est pas si fringante… Plutôt que ses talents, ce sont ses rivalités qui animent le débat… Bertrand contre Copé… Morano contre Yade… Guaino contre Fillon… Raffarin contre Larcher… Et les personnalités qui se révèlent sous la houlette présidentielle, couvertes de louanges par Nicolas Sarkozy, ne sont pas forcément les plus populaires auprès de son électorat… Eric Besson a du mal à convaincre de sa solidité idéologique… Christine Lagarde a du mal à incarner la transcendance des clivages… Quand à Brice Hortefeux, Eric Woerth, ou Luc Chatel, ils parlent très peu de politique… Nicolas Sarkozy reste seul au sommet… la place est enviable, mais elle engendre la solitude… Et cela n’aide pas à trouver un souffle, pour rebondir à mi-mandat…

La chronique de Marie-Eve Malouines  (3'54")
 



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