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Nathalie Fontrel

Journaliste à France Inter elle est spécialiste des questions environnementales

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La centenaire et les poissons

Nathalie Fontrel - 7 février 2010

La France lance un plan national pour sauver les dernières moules perlières d’eau douce. La grande Mulette et la Mulette perlière sont en voie de disparition. Ces coquillages sont dépendants des poissons migrateurs qui passent leur vie en mer mais se reproduisent dans les fleuves.

La Mulette est une dame très âgée : elle peut vivre jusqu’à 200 ans. Mais les moules qui survivent encore dans quelques fleuves français ne se reproduisent plus. Pourquoi ? Notamment parce qu’elles ont besoin d’un poisson hôte. C’est l’esturgeon, qui a lui aussi quasiment disparu. Les larves de moules ont en effet besoin de se fixer dans les ouïes du poisson pour achever leur métamorphose et se transformer en petite moule. Une fois dans les ouïes la larve s’enkyste et se nourri du sang du poisson jusqu’à ce qu’elle soit assez mature pour lâcher prise. Il arrive même qu’elle traverse l’océan. C’est le cas pour la mulette perlière dont le poisson hôte est la truite de mer ou le saumon : on s’est aperçu qu’il existait un brassage génétique des populations entre le massif central et l’Amérique du Nord. Cette symbiose entre la moule et le poisson est nécessaire au mollusque : sans l’esturgeon, pas de succès pour la reproduction. Quant au poisson il ne semble pas en souffrir. Les poissons parasités semblent même développer moins de mycoses dans leurs branchies. Il y aurait donc un bénéfice réciproque. Le problème c’est que ces poissons d’eau de mer qui se reproduisent dans l’eau douce ont presque disparu. Le plan de restauration de l’esturgeon avec la libération de jeunes alevins ne portera pas ses fruits avant une quinzaine d’années, ce sera peut être trop tard pour les moules déjà plus que centenaires. Elles ont vu la construction de la Tour Eiffel remarque le biologiste Vincent Prié, et elles ont assisté au développement de l’industrie et de l’agriculture intensive qui ont dégradé la qualité de l’eau. Il faut donc reconquérir les milieux aquatiques. Et tenter de reproduire le mollusque in vitro, en aquarium, si l’on veut garder un espoir de voir, fiché dans le sédiment d’un fleuve, les mulettes que l’on utilisait hier pour fabriquer des boutons de nacre.

La chronique de Nathalie Fontrel  (1'47")
 


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