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Bolloré, l’empêcheur d’imprimer en ronde
Amaury de Rochegonde - 7 février 2010
Le groupe Bolloré, qui a retiré l’impression d’un des quotidiens gratuits de l’imprimerie du Monde, est en conflit ouvert avec le Syndicat du livre.
| La chronique d’Amaury de Rochegonde (1'59") | |
En décidant d’arrêter la fabrication de son quotidien Direct Matin Plus dans l’imprimerie du Monde, à Ivry, l’homme d’affaires Vincent Bolloré a-t-il pris une décision politique ? C’est en tout cas le point de vue du Syndicat du livre CGT qui accuse Bolloré, proche de Nicolas Sarkozy, de vouloir affaiblir Le Monde. Ce groupe présent dans les médias à travers Direct Matin, Direct Soir ou Direct 8 a en effet choisi d’interrompre l’impression de son journal gratuit sur les presses du Monde et de confier sa fabrication à une imprimerie dite du labeur, indépendante des éditeurs de presse.
Selon le groupe Bolloré, seules des considérations techniques sur la qualité de l’impression sont à l’origine de cette décision, même si l’on peut penser qu’il s’agit aussi de réaliser des économies. Le problème, c’est que cette opération en apparence anodine et qui relève de la liberté d’entreprise, a des conséquences en cascade que ne peut pas non plus ignorer Bolloré.
En quittant l’imprimerie du Monde, Direct Matin a sans doute conduit les Echos, également imprimé par Le Monde, à dénoncer son contrat de fabrication. Et c’est du coup l’ensemble de l’accord trouvé entre le Syndicat du Livre et les éditeurs de quotidiens nationaux, à la suite des Etats généraux de la presse, qui est menacée. Un accord où le syndicat avalise le départ, financé par l’Etat, de 350 salariés des imprimeries, mais à condition qu’il n’y ait pas de diminution de la charge de travail. D’où un bras de fer qui a amené des militants syndicaux a empêché la distribution des journaux gratuits de Bolloré, depuis la mi janvier, et même à asperger d’eau cette semaine 150 000 exemplaires avec une lance à incendie. L’affaire se complique d’un procès d’intention puisque Bolloré prévoit de lancer à l’été prochain un quotidien payant d’opinion haut de gamme, inspiré de l’italien Il Foglio, qui serait vendu le soir quelques dizaines de centimes d’euros et serait donc susceptible de faire de l’ombre au Monde. Le Monde qui fournit encore quelques pages éditoriales à Direct Matin, et cherche plutôt en ce moment des appuis financiers alors qu’il vient de confier à la banque d’affaires Calyon un mandat pour se recapitaliser d’urgence. Au cas où il ne parviendrait pas à rembourser ses dettes, il a même accepté de mettre en gage sa filiale Télérama.
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