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Un scoop à tout prix ?
Amaury de Rochegonde - 24 mai 2009
C’est, selon l’Independant de Londres, un scoop sur lequel les historiens écriront encore dans un siècle. La révélation par le Daily Telegraph des notes de frais des députés britanniques, jour après jour disséquées quel que soient leur bord politique, suscite outre Manche à la fois admiration et controverse.
Certes, la publication par le journal du menu détail des défraiements et des astuces comptables des parlementaires pour échapper à l’impôt est vue comme un coup historique. Le quotidien estime que cela changera du tout au tout le rapport qu’entretiennent les députés à leur frais remboursés avec l’argent du contribuable. Mais si coup politique il y a, l’histoire de la presse retiendra surtout le coup économique. Car le premier jour de ses révélations, le 8 mai, le quotidien a augmenté ses ventes d’à peu près 10%, alors que la diffusion était déjà de 820 000 exemplaires en avril selon l’AFP. Et surtout, c’est un coup qui dure puisque, vendredi, le journal n’avait publié l’analyse des notes de frais que de 180 députés sur 646… Le feuilleton n’est donc pas fini et c’est probablement la perspective d’un boom sur les ventes et d’un gain d’image qui a conduit le Daily Telegraph à payer quelque 100 000 livres, soit 116 000 euros, pour décrocher un CD contenant le détail des notes de frais des députés. Nul ne sait qui a vendu ce listing que certains journaux ont d’ailleurs refusé. C’est vrai que ce scoop laisse un arrière goût amer alors qu’une journaliste indépendante enquêtait depuis des années sur le même sujet et se préparait à publier ses informations à la mi-juillet. Mais face à un lent travail d’investigation, le journalisme de carnet de chèque sera toujours plus fort.
En France, c’est aussi un gros chèque qui a sans doute permis la publication par le mensuel Choc d’une photo d’Ilan Halimi entravé et sous la menace d’un pistolet. La justice a estimé mercredi que la liberté de la presse avait des limites et a ordonné l’interdiction de la vente du magazine. Une décision rarissime, prise par souci de ne pas heurter les proches, et contre laquelle Choc fait appel demain. Mais faut-il rappeler que cette photo a un prix ? Elle a été prise par un ravisseur-tortionnaire qui comptait se faire de l’argent avec le rapt d’un jeune juif.
| La chronique d’Amaury de Rochegonde (2'03") | |
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