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Aéroport Paris-Vatry : le vol plané

France Info - 15 décembre 2009

Dix ans tout juste après son lancement, l’aéroport international de Paris-Vatry (Marne), construit en rase campagne sur une ancienne base de l’Otan, boit le bouillon. Dans un rapport récent, la Chambre régionale des Comptes pointe la gabegie d’argent public jeté dans une structure qui n’a jamais réellement trouvé son point d’équilibre. Enquête sur place…

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Paris-Vatry, aéroport fantôme : l’enquête de Gilles Halais, au micro France Info de Marc Fauvelle  (4'47")
 

Le département de la Marne a-t-il eu les yeux plus gros que le ventre ?
Voulu il y a une vingtaine d’années par l’ancien président du conseil général, l’aéroport de Paris-Vatry est lancé il y a 10 ans, en décembre 1999. Et à l’époque, Paris-Vatry ambitionne de jouer dans la cour des grands : construit sur une ancienne base de l’Otan, ce sera le dernier aéroport de catégorie A inauguré en France.
Comme ses modèles américains, Paris-Vatry est adossé à une gigantesque plateforme logistique – près de 2.000 hectares de réserves foncières, dont plus du tiers toujours en friche aujourd’hui – et ambitionne de devenir le premier aéroport de fret derrière les deux géants parisiens, Roissy-CDG et Orly.

Mais contrairement à ses modèles américains, la plateforme tri modale (avion, train, camion) est construite sans qu’aucune étude de marché ne soit réalisée au préalable : on bâtit, et on arrivera bien à trouver des clients pour occuper les entrepôts et remplir les avions. La charrue avant les bœufs, en somme. Un luxe que le conseil général peut s’offrir grâce au contenu de sa tirelire : un magot de quelque 150 millions d’euros (un milliard de francs de l’époque) accumulé grâce à la vignette automobile.

Bien loin des objectifs

Seulement, dix ans plus tard, à mi-chemin de la délégation de service public (DSP) de 20 ans accordée à l’opérateur qui gère l’aéroport, Paris-Vatry boit le bouillon. Après avoir atteint péniblement le point d’équilibre l’an dernier, 2009 est une année noire : ses deux principaux clients plient bagages. DHL, qui se recentre sur l’Allemagne, et Avient sur la Belgique voisine, après avoir laissé, en cadeau de départ, une ardoise de près de 1,5 million d’euros : une "énorme faute de gestion", selon le premier vice-président du conseil général, Charles-Amédée de Courson (Nouveau Centre). Le "hic" est qu’Avient réalisait 70% du fragile chiffre d’affaires de Paris-Vatry.

France Info - Après neuf années de progression, Paris-Vatry boit le bouillon en 2009 - © SEVE / Amandine Lafond

Après neuf années de progression, Paris-Vatry boit le bouillon en 2009 - © SEVE / Amandine Lafond

Aussi, au rythme actuel, le volume de fret retombera sous les 6.000 tonnes en 2010, contre 42.000 en 2008. Par comparaison, Aéroports de Paris (ADP) réalise sur Orly et Roissy-CDG quelque 2 millions de tonnes de fret chaque année, soit 90% du marché français.

Et même avec son volume de 2008, Paris-Vatry était "bien loin de ses objectifs à 10 ans", relève le président de la Chambre régionale des comptes. L’aéroport devait atteindre "150.000 tonnes annuelles", rappelle Eric Thévenon, "et 6.000 passagers". Conformément au plan de développement prévu dans le projet initial, Paris-Vatry s’est en effet doté d’une aérogare passagers en 2004. Au meilleur de son trafic, l’aéroport a fait voyager à peine plus de 3.500 vacanciers par an, là où Beauvais, le "véritable" troisième aéroport parisien, totalise 2,5 millions de passagers par an.

Après 10 ans d’exploitation, Paris-Vatry est bien loin de ses objectifs, analyse Eric Thévenon, président de la Chambre régionale des comptes  (1'34")
 

La danseuse du président

Alors, depuis 10 ans, le département de la Marne bouche les trous, conformément aux termes de la DSP signée avec l’opérateur privé (Aéroports de Montréal, puis SNC-Lavalin), laquelle prévoit que le délégant veille à l’équilibre de la société d’économie mixte. Au total donc, si l’on ajoute les subventions successives à l’investissement initial, le conseil général aura englouti "près de 220 millions" en euros constants, souligne le conseiller général socialiste Jean-Pierre Bouquet. "Vatry, c’était la danseuse du président", résume, sous couvert d’anonymat, un autre élu départemental.

L’actuel président du conseil général René-Paul Savary, et l’ex-directeur général de Paris-Vatry Youssef Sabeh, débarqué en plein vol (plané) la semaine dernière, ont beau défendre leur bilan et parier sur des jours meilleurs, l’avenir semble bien sombre pour cet aéroport. Surtout en pleine crise qui frappe l’ensemble du secteur, à fortiori le fret aérien.
Et le salut ne viendra pas du transport passagers : espérer faire venir massivement des charters ou des compagnies low-cost au milieu des champs de betteraves, à deux heures de transport de Paris, est une pure utopie.

L’ex-directeur-général de Paris-Vatry Youssef Sabeh défend son bilan et les perspectives de l’aéroport  (4'34")
 

Vendre

France Info - Envisager d’autres développements pour Vatry, comme les vols d’entraînement : ici, l’A380 - © SEVE / Laurent Delarue

Envisager d'autres développements pour Vatry, comme les vols d'entraînement : ici, l'A380 - © SEVE / Laurent Delarue

Dans ce contexte, une seule issue, "vendre", martèle le premier vice-président du conseil général Charles-Amédée de Courson (NC). Car Paris-Vatry ne manque pas d’atouts : une infrastructure ultra moderne, la 3e piste civile la plus longue de France, des réserves foncières colossales, un fonctionnement 24h/24 etc. Son exploitation peut donc se monnayer à bon prix "auprès d’un opérateur aéroportuaire européen ou chinois" avec lequel il faudra toutefois "négocier des contreparties" , des activités nouvelles (atelier d’entretien d’avions, piste d’entraînement, centre de formation aux métiers aéroportuaires) qui permettront de pérenniser le site et développer l’emploi.
La feuille de route du nouveau directeur-général Gilles Darriau prévoit notamment la poursuite des négociations avec ADP : Paris-Vatry, aéroport fret de délestage pour Roissy-CDG, totalement saturé ? Sans aucun doute la piste de travail la plus sérieuse.

Sur la pollution sonore de Roissy-CDG, les explications d’Alain Péri, vide-président de l’Union européenne contre les nuisances aériennes  (1'01")
 

Le président de l’assemblée départementale René-Paul Savary se veut confiant sur l’avenir de Paris-Vatry  (4'43")
 

Le conseiller général socialiste Jean-Pierre Bouquet en appelle à l’intervention de l’Etat  (2'23")
 

Il faut vendre et négocier des contreparties, selon le député (NC) et 1er vice-président du conseil général de la Marne, Charles de Courson  (1'51")
 

Développer l’emploi, doper l’économie régionale : c’était l’ambition première à la création de l’aéroport. A l’heure actuelle, environ 1.100 personnes travaillent sur le site aéroportuaire (une centaine de salariés) et la plateforme logistique. Au regard des 220 millions d’euros investis par les pouvoirs publics, cela fait cher du CDI, environ 200.000 euros par emploi.

Enquête, reportage : Gilles Halais


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