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Daniel Negreanu - ©RF/Jules Lavie -
Poker : dans l’univers des parties à hauts risques
France Info - 10 novembre 2009
La finale du Championnat du monde de poker oppose aujourd’hui à Las Vegas deux américains. Le français Antoine Saout, 25 ans, a terminé troisième, dimanche, pour un gain de 3,5 millions de $.
Ces tournois sont un peu la vitrine médiatique du poker. Mais un autre aspect du jeu est beaucoup moins connu : les parties libres à très gros enjeux. Les parties "high stakes". Des parties où les joueurs misent directement leur argent, et où des centaines de milliers de dollars changent de main régulièrement.
| Plongée dans l’univers du poker Enquête de Jules Lavie au Championnat du monde de poker de Las Vegas (4'25") | |
"Pour gagner à ce niveau, vous devez n’avoir aucune peur". Daniel Negreanu, 35 ans, est un joueur de poker professionnel. Canadien, il est arrivé à Las Vegas la première fois à 21 ans. A Toronto, il dominait les tables de poker. Dans les casinos de Las Vegas, il s’est rapidement fait plumer. Daniel Negreanu est reparti au Canada, pour se constituer une nouvelle cagnotte. Puis il est revenu. Aujourd’hui il vit dans la ville aux 200 casinos.
Et il est devenu un joueur régulier du Big Game, la plus grosse partie d’argent libre au monde.
Cette partie se déroule toujours dans le même casino : le Bellagio. A l’intérieur de l’espace réservé au poker, il y a une pièce privative, qui offre intimité et confort aux joueurs les plus riches. Ceux qui sont prêts à mettre sur la table des centaines de milliers de dollars. En jetons, ou en briques de billets verts.
Dans cette salle, la Bobby’s room, certains perdent parfois 2 ou 3 millions de dollars en une seule nuit.
Les liasses de dollars s'empilent sur les tables du Bellagio, à Las Vegas
©RF/Jules Lavie
Le Big Game du Bellagio s’organise en général autour d’un ou deux riches hommes d’affaires. Des businessmen en mal de sensations fortes, qui veulent se mesurer aux meilleurs professionnels de la planète comme Doyle Brunson, Jennifer Harman, Barry Greenstein ou encore Daniel Negreanu.
"Tout ce qui compte c’est de faire les bons choix", explique ce dernier. Il reconnaît que dans les premiers temps il était nerveux de jouer dans la Bobby’s room, mais aujourd’hui il jure être complètement serein : "si vous ne pouvez pas vous dire : je n’ai aucun respect pour l’argent, vous ne pouvez pas gagner au plus haut niveau".
Exemple d’un de ces "pots" à plusieurs centaines de milliers de dollars :
Internet : même chose, puissance dix
Sur internet aussi, il y a des parties high stakes. La différence, c’est que les joueurs peuvent disputer 5 ou 6 parties en même temps. Tout simplement en ouvrant plusieurs fenêtres sur leur écran d’ordinateur.
Résultat : les pots à 400.000 ou 500.000 $ sont réguliers, et certains atteignent même 1 million de dollars. Les vieux réguliers de la Bobby’s room ne disputent pas ces parties, sans doute parce qu’elles sont trop débridées.
David, un jeune professionnel français raconte : "il s’échange des pots de la valeur d’une maison ou d’une Ferrari toutes les 5 minutes. C’est limite de la folie. C’est vraiment à part, et réservé à une élite".
Ils sont effectivement très peu à disputer ces parties, peut-être une trentaine. Ce sont les monstres de la chaîne alimentaire du poker. Ils sont énormes. Ils mangent les gros, qui mangent les moyens, qui mangent les petits. Les plus vieux ont la trentaine. Pour la plupart ils sont issus de la classe moyenne américaine, et ils sont millionnaires.
L’un des tous meilleurs, s’appelle Tom "Durrrr" Dwan. A 17 ans il a déposé 50 $ sur un site de poker. Il a gravi tous les échelons en quelques années. Il est multimillionnaire alors qu’il n’a que 23 ans. Même chose pour l’un de ses amis, Phil "OMGClayAiken" Galfond, 24 ans. Récemment il vient de s’acheter un double appartement à New-York avec vue sur Central Park. Il l’a payé cash. Jusque-là, il ne s’était jamais rien acheté de plus cher qu’un écran géant.
Comme tous les joueurs de poker, ils connaissent des hauts et des bas. La différence c’est que les écarts se mesurent en millions. Tom Dwan a connu une mauvaise fin d’année 2008 : il a perdu 4 millions de dollars. Il s’est refait en 2009.
Phil Hellmuth - ©RF/Jules Lavie
Les sites spécialisés racontent les parties dantesques du net, et font les comptes. Les fans peuvent regarder les parties en direct. Ils connaissent tous les joueurs par leurs surnoms. Il y a 3 semaines : un certain Isildur1 a fait son apparition. Il a d’abord perdu 1 million de dollars, avant de se refaire le week-end dernier, notamment aux dépends de Durrrr. C’est la routine des grosses parties high stakes sur internet.
"J’adorerais jouer un jour à la même table que Durrrr", explique David, le professionnel français que nous avons rencontré, "mais ça n’est pas un objectif de jouer à cette hauteur, je pense que je pèterais vite les plombs !"
"C’est devenu complètement fou !" s’exclame Phil Hellmuth. Légende vivante du poker, c’est lui qui a gagné le plus de titres aux World Series of Poker, à Las Vegas. Il préfère les tournois où chaque joueur ne s’engage que pour une petite somme, comme 5.000 ou 10.000 dollars. "Certains jouent beaucoup trop haut pour eux. Certains qui ont accumulé 2 ou 3 millions de dollars vont tout perdre en une seule nuit. Non, ça n’est pas dangereux. C’est juste stupide !"
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