horaires de diffusion
- du lundi au vendredi
7h17
Heinz Kaminsky, 60 ans, compulse son dossier personnel, récupéré aux archives de la Stasi. - © RF / Valérie Crova
Une vie brisée par la Stasi
France Info - 6 novembre 2009
A quelques jours des 20 ans de la chute du mur de Berlin, France Info vous propose une rencontre émouvante. Notre reporter, Valérie Crova, a croisé la route d’Heinz Kaminsky, 60 ans. Cet Allemand de l’Est, dont la mère a fui à l’Ouest, a été kidnappé par la Stasi à 7 ans. Puis ses tentatives d’évasion lui ont valu des persécutions dont il souffre encore.
On a tous entendu parler de la Stasi, surtout depuis ce film magnifique, La vie des autres. Elle symbolise cette terrible machine a broyer les hommes, ou tous les coups étaient permis même au sein d’une même famille.
Rencontrer une victime de cette répression policière qui prévalait en ex-Allemagne de l’est s’annonçait comme un reportage passionnant d’autant que cette victime suit une thérapie.
| Spéciale Mur de Berlin : une vie brisée par la Stasi Enquête de Valérie Crova (5'18") | |
Rendez vous est donné dans le quartier Wedding au centre Gegenwild, un centre psycho-social de Berlin ouest. L’ambiance y est chaleureuse, les meubles en bois, une pièce pour les entretiens individuels, une autre pour les entretiens de groupe. Bettina, l’une des thérapeutes nous attend avec Heinz Kaminsky, un homme robuste de 60 ans, qui a apporté un énorme dossier avec lui.
PEUR DE RACONTER
Bettina nous explique qu’elle soigne actuellement une trentaine de personnes. Elles ont toutes vécu en ex-RDA. Le centre a été créé il y a 11 ans par un ancien militant des droits civiques est-allemand, Yurger Fox. Plus de 1.000 personnes ont pris contact avec l’équipe du centre, la moitié en appelant, les autres ont préféré passer directement. Bettina nous dit qu’ils ont encore peur de raconter leur histoire par téléphone de crainte d être sur écoute. Les vieux réflexes ne se perdent pas…
L’histoire d’Heinz Kaminsky est digne d’un roman d’espionnage. Il est né en 1950 à Berlin-est. Sa mère était fiancée à un officier de l’armée est-allemande. Elle décide un jour de partir seule à l’ouest avec son enfant, qui a 3 ans à l’époque. On est en 1953, le mur n’existait pas. Le petit Heinz grandit en Allemagne de l’ouest jusqu’au jour où sa mère perd son droit de garde. La Stasi vient chercher Kaminsky et le place dans des foyers à Berlin-est, des foyers contrôlés par le parti, le SED.
Pendant toute son adolescence, son obsession sera de retrouver sa mère. Kaminsky essayera d’ailleurs à plusieurs reprises de s’enfuir mais à chaque fois, il est ramené de force dans ces foyers où il est élevé à la dure. Un jour, il se met en tête de passer la frontière tchèque. Il a 19 ans. Il est arrêté, et placé à l’isolement dans une prison de Berlin-est. Pendant 12 mois, il vivra dans une cellule d’un mètre 60 sur 3.
NETTOYAGE MENTAL DE LA STASI
En prison, il résiste à tous les interrogatoires de la Stasi, qui veut savoir s’il a des contacts à l’ouest. On lui dit qu’il va disparaitre s’il ne parle pas, que personne ne saura qu’il a existé. La Stasi utilise ces méthodes de nettoyage mental pour le faire craquer. En vain… Le jeune Kaminsky résiste mais tombe malade, perd ses cheveux. La Stasi fait un rapport sur son état de santé, ce qui va contribuer au fait qu’il soit racheté par l’Allemagne de l’ouest comme prisonnier politique ce qui se faisait beaucoup a l’époque.
Quand il recouvre la liberté, Heinz Kaminsky décide de partir vivre a l’étranger. Il part aux Etats-Unis et en Amérique du sud, où il fera des petits boulots. Puis il rentre en Allemagne, se marie, trouve un job comme chef de chantier.
Puis un jour, il “pète un plomb”, s’énerve de plus en plus souvent contre ses collègues, devient incontrôlable. Sa femme le quitte, il perd son travail. On lui conseille de consulter un “psy” qui lui parle d’un centre de thérapie sociale plus adapté a son cas.
Une page du dossier d'Heinz Kaminsky.
© RF / Valérie Crova
Heinz Kaminski y vient une fois par semaine. Cet été, il a gagné un procès contre l’Etat allemand pour récupérer une indemnité de 20.000 euros en tant que victime ainsi qu’une retraite pour l’aider a vivre. Une victoire pour cet homme qui dit souffrir de la solitude, mais une victoire au goût terriblement amer car Kaminsky n’arrive pas à tourner la page de ce passé qui le poursuit depuis 30 ans. Il suffit de le voir consulter frénétiquement les pages de son énorme dossier qu’il a récupéré en 1996, aux archives de la Stasi, et où toute sa vie est consignée depuis qu’il a 7 ans. “J’éprouve encore de la haine” , dit il, “contre les hommes qui m’ont fait ça”.
Archives de la chronique Le PLUS France Info
- 19 mars 2010 - Jacques Viguier, spectateur de son propre procès
- 18 mars 2010 - Des millions de camemberts de plastique dans l’eau
- 17 mars 2010 - Un nouveau marché : le médecin intérimaire
- 16 mars 2010 - Un nouveau France Soir... avec les (gros) moyens de l'oligarchie russe
- 12 mars 2010 - Régionales en Alsace: Europe Ecologie à la conquête de l'Est
- 11 mars 2010 - Paroles de pédophiles... et de victimes
- 10 mars 2010 - La déroute financière en Grèce : "nous avons vécu au-dessus de nos moyens"
- 9 mars 2010 - 5 semaines après l’agression au lycée Chérioux, la mère de la victime témoigne
- 8 mars 2010 - Tempête : retour à la maison pour une famille de sinistrés
- 5 mars 2010 - Elections sous haute tension en Irak
- 4 mars 2010 - Les transports au cœur de la campagne en Ile-de-France
- 3 mars 2010 - A Blois, la déconstruction en zone inondable a commencé
- 2 mars 2010 - Cayeux-sur-Mer : reportage en zone inondable
- 26 février 2010 - Dans les Pays de la Loire, le vieux crocodile, le jeune loup et l'écolo...
- 25 février 2010 - Bienvenue à l'école des astronautes
ouvrir
France Info






