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Effectifs, heures sup : l’équation impossible dans l’enseignement

France Info - 4 mars 2008

L’inquiétude et la grogne débordent largement la sphère syndicale. De hauts fonctionnaires de l’Education nationale dénoncent à présent les coupes sombres dans les effectifs et l’impossibilité de faire face aux besoins avec le seul dispositif des heures supplémentaires…

L’enquête de Stéphane Iglésis  (4'54")
 

Plus de 11.000 postes.
C’est l’Education nationale qui va payer le plus lourd tribut à la réduction des effectifs de la fonction publique. Et ce, dès la rentrée prochaine. Les syndicats avancent même l’estimation de 80.000 suppressions de postes à l’horizon 2012. Les organisations syndicales condamnent ces suppressions massives de postes et de moyens et appellent à une journée nationale d’action massive le 18 mars prochain.

S’il est dans la logique des choses d’entendre ce type de discours dans la bouche des représentants syndicaux, il est en revanche beaucoup plus rare de voir les chefs d’établissements et les hauts fonctionnaires de l’Education nationale monter au créneau. Car ils ne voient pas comment ils vont réussir à concilier l’objectif politique des réductions de moyens et les objectifs pédagogiques. Le gouvernement a "mis la charrue avant les bœufs", explique Nicole Beloubet, ancienne rectrice de Toulouse. Elle avait démissionné en 2003, estimant qu’elle n’avait plus les moyens d’appliquer les priorités pédagogiques.

Amédée Colin, secrétaire académique du syndicat Indépendance et direction (Unsa-Education)  (4'50")
 

Le ministre de l’Education Xavier Darcos ne voit pas où est le problème : les suppressions de postes seront compensées par des heures supplémentaires. Les enseignants travailleront plus pour gagner plus (car les heures sup’ à l’année sont bien mieux payées et surtout, elles continuent d’être rémunérées pendant les vacances) et chacun y trouvera son compte.

Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale  (3'43")
 

Sur le papier, cela fonctionne. Les principaux de collèges et proviseurs de lycées ont reçu leur dotation globale horaire pour la prochaine rentrée et de loin, le compte y est. Mais à y regarder de plus près, la situation s’annonce bien plus complexe. Car, en premier lieu, on ne peut pas imposer à un enseignant de prendre en charge plus d’une heure supplémentaire hebdomadaire à l’année. Ensuite il y a ceux, de plus en plus nombreux, qui doivent partager leur emploi du temps entre plusieurs établissements. Leur attribuer des heures supplémentaires compatibles avec deux ou trois emplois du temps relève au minimum d’une bonne "prise de tête". Enfin, il y a les professeurs à temps partiel, ils sont nombreux ; et ceux-ci ne peuvent pas bénéficier d’heures supplémentaires.

De nombreux chefs d’établissements et hauts fonctionnaires de rectorats l’affirment volontiers : il eut été beaucoup plus judicieux de commencer par la réforme des lycées et celle du statut des enseignants, avant de s’attaquer aux réductions d’effectifs, lesquels ne peuvent découler que d’une redéfinition des objectifs et des priorités pédagogiques. Et pas l’inverse.

Enfin, les suppressions de postes pour la rentrée prochaine pourraient cacher une autre source d’économie à l’horizon de septembre 2009 : toutes les heures supplémentaires allouées qui n’auront pas été consommées faute de pouvoir être attribuées, seront supprimées. Dans l’indifférence générale. Car, comme le confie l’ancienne rectrice de Toulouse, si les syndicats, parents et journalistes savent se mobiliser contre des suppressions de postes, "des heures supplémentaires en moins, ça ne se voit pas ! "

Amédée Colin, secrétaire académique du syndicat Indépendance et direction (Unsa-Education)  (4'50")
 

Enquête et reportage : Stéphane Iglésis
Dossier web : Gilles Halais


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