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Montrer l’autre visage de la planète, celui qui donne envie d’agir à travers le portrait de personnages forts et attachants dont les réalisations transforment le monde

Pierre Barnérias

Journaliste de radio et de télévision, Pierre Barnérias se spécialise depuis 10 ans dans une information porteuse de solutions.

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Mathieu Beley, entrepreneur - © RF/P.B.

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Du pavot à la rose en Afghanistan

Pierre Barnérias - 20 juillet 2008

Il voulait mettre en valeur la culture et la biodiversité de l’Afghanistan. A 29 ans, Mathieu Beley a réussi à montrer qu’une alternative à la culture du pavot existe : la fabrication d’huiles essentielles et de parfums grâce aux nombreuses variétés de fleurs qui poussent dans ce pays. Il fallait y penser. Mathieu Beley l’a fait. "Par amour" dit-il "et pour donner une autre image de ce pays assimilé trop souvent à l’opium et aux talibans."

Ecouter la chronique de Pierre Barnérias  (2'02")
 

Mathieu Beley a 29 ans quand il débarque en Afghanistan. Il est originaire de Nancy. Bac à 16 ans. Il intègre HEC. Il part ensuite travailler cinq ans aux Etats-Unis dans la Silicon Valley.

Après un séjour de six mois au Népal, il est embauché par une société française de consulting à Kaboul. Durant cette période, il participe à une étude de faisabilité pour la culture et le traitement des plantes cultivées en Afghanistan à destination des marchés du parfum et de l’arôme. Il décide de s’approprier le projet. Car Mathieu est un passionné de fleurs. Quand il en croise une sur son chemin, il se penche pour la regarder. De près, il en cueille la fleur et les feuilles, les broie, les respire à plein nez et n’oublie jamais d’en manger une feuille ou deux avant d’émettre une déclaration colorée sur leur goût, leur parfum et l’huile merveilleuse qu’elles pourraient produire.

Déterminé, il ne cesse jamais de travailler. Une fois rentré chez lui, il va bêcher son jardin, rechercher les noms afghans des plantes récoltées pendant la journée, ou va mettre une distillation en route dans sa cocotte minute et essayer différentes fleurs pour en tester la senteur. Le découragement n’a pas prise sur lui. Et quand il affronte les problèmes quotidiens dus à la précarité des équipements ou à lenteur du rythme afghan dans le travail, il ne s’énerve que très rarement, prenant souvent le temps de boire le thé pour régler un problème.

A Jalalabad, il se sent chez lui. Hébergé dans une petite maison qui servait d’entrepôt d’armes, sur le terrain de son grand ami Abdullah, il s’est installé avec les quelques nattes et tapis qu’il a achetés ces dernières années au gré de ses voyages. Les Afghans qui le visitent sont touchés par son style de vie très simple, et par tous les efforts d’assimilation qu’il fait : il porte le costume afghan et parle bien farsi et pachtou, le dialecte de la région. Dans la rue il dit bonjour à qui ose l’approcher et prend le temps de discuter, même s’il est pressé. Son humour, son aisance, sa spontanéité sans limites font le régal de ses amis et les Afghans l’adoptent instantanément, lui proposant souvent de tuer un mouton pour le garder à dîner. Son originalité et sa liberté d’esprit en font un être à part, proche de chacun, surprenant et intriguant en même temps, ce qui lui facilite les rencontres.

Mais derrière une apparente désinvolture se cache aussi un chef d’entreprise compétent, aux prises avec les soucis récurrents liés à la pauvreté du pays. L’électricité capricieuse lui empêche souvent de pouvoir charger la batterie de son téléphone portable ou d’utiliser son ordinateur. De la même manière, il doit souvent attendre plusieurs jours pour pouvoir se connecter à Internet. Des contraintes qu’il accepte sans se plaindre, ponctuant régulièrement ses phrases par « Inch’Allah ».

Shafikula est un jeune Afghan de vingt et un an. Il devient vite son maître distilleur. « Shafi » est un bras droit précieux car il parle anglais et connaît bien les protocoles à respecter dans l’administration afghane. Sa débrouillardise sort souvent Mathieu de situations délicates, comme la recherche de matériel spécifique ou le règlement de bakchichs. Ayant grandi à Kaboul sous les Talibans, il n’a pas sa langue dans la poche quand il est question de dénoncer la corruption de son pays et la désorganisation de l’aide internationale.

Iar Mohamad, jeune villageois illettré de dix-neuf ans, est le cuisinier de Mathieu. Travailler pour un Occidental lui a fait découvrir un monde dont il ne comprend pas encore tous les codes. Ce qui conduit souvent à des discussions d’une cocasserie irrésistible. Son grand désir d’apprendre a poussé Mathieu à le nommer responsable des récoltes, une promotion importante dont le jeune homme est extrêmement fier.

Quatre ans plus tard…

Abdullah a été élu député. Shafikula assume avec fierté et passion son rôle de maître distilleur. Il connaît par cœur les gestes délicats pour séparer l’huile essentielle de l’eau. Yar Mohammed sait maintenant lire et écrire et il est responsable des récoltes et cueillettes, promotion qu’il prend très au sérieux. Il est entre autre chargé de distribuer les salaires et arrive à se faire respecter sans agressivité. Haji continue de visiter ses pépinières tous les jours, et il est ravi car les roses bulgares plantées dernièrement ont pris et annoncent de magnifiques boutons, "ce qui laisse présager de belles essences dans les années à venir, Inch’Allah…" Mathieu Beley, lui, a quitté l’Afghanistan. Il a rencontré une autre fleur... L’amour l’a conduit sur une autre terre, vers d’autres parfums à inventer… Quand aux afghans, ils poursuivent l’aventure…


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