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Education : une grève en trompe l’oeil
Emmanuel Davidenkoff - 23 novembre 2009
Il y a donc grève demain dans l’éducation, à l’appel de la FSU – la Fédération syndicale unitaire – qui est majoritaire dans l’enseignement, et de la CGT. Une grève en trompe l’œil...
Oui. Car il y a en fait plusieurs grèves en une. Le première grève, c’est une grève par procuration contre l’ancien ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos. Deux des principales revendications portent sur des grenades dégoupillées léguées à son successeur, Luc Chatel
Première de ces grenades, la mastérisation…
Oui. On rappelle : réforme du recrutement et de la formation des enseignants. Un nouveau niveau : bac + 5 (le master, d’où mastérisation). Et une nouvelle formation qui ne se déroulera plus dans les IUFM. C’est une réforme contestée dans ses modalités plus que dans son principe, pas tellement par les enseignants mais surtout dans l’enseignement supérieur. La deuxième grenade, ce sont les suppressions de postes. 16.000 en 2010, 50.000 sur cinq ans. Les deux dossiers se croisent puisque la réforme de la « mastérisation » doit permettre d’économiser 12.000 postes. C’est sans doute la raison majeure pour laquelle le gouvernement est contraint d’aller vite, qu’il n’a pas le temps de la concertation.
Là, tous les enseignants sont contre…
Oui et non. Il y a des enseignants pour penser comme le gouvernement que la question des moyens n’est pas le cœur absolu du débat. Mais ce qui s’exprime c’est la lassitude face à ce qui est vécu comme une dégradation des conditions de travail. Des missions toujours plus larges, des élèves qui ont changé, une réforme de la carte scolaire qui, dans certains cas, a vraiment aggravé la situation de certains collèges… Tout cela, c’est ce qu’on appelle couramment le « malaise enseignant » ; on peut aussi y voir de la colère contre une dégradation objective.
Le gouvernement a pourtant promis une revalorisation…
Oui. Et là encore c’est une promesse signée Xavier Darcos, dès la campagne présidentielle. Il rédige une note pour Nicolas Sarkozy dans laquelle il plaide pour cette revalorisation. Elle arrive en janvier, elle est réelle, mais pas forcément spectaculaire. Mais surtout elle ne répond qu’à une partie du problème : entre une diminution de la taille des classes ou un encadrement plus important ET une revalorisation, beaucoup de professeurs – s’ils devaient choisir – choisiraient l’amélioration des conditions de travail.
Autre grenade : la réforme du lycée…
Oui, c’est l’invitée de dernière minute. Ce thème n’était pas prévu lorsque la grève a été annoncée, et pour cause : la réforme n’était pas censée être annoncée avant décembre. Réforme là encore initiée par Xavier Darcos, qui n’avait pas su la mener à terme. Là encore, Luc Chatel gère l’héritage, et il comporte une clause non négociable pour le Snes-FSU : l’instauration d’une petite marge d’autonomie pédagogique pour les établissements. Puisque chacun aura à organiser à sa façon les fameuses deux heures d’accompagnement individualisé qui ont été prévues dans les emplois du temps.
Même si tous ces dossiers ont été initiés par Xavier Darcos, c’est quand même Luc Chatel qui est aujourd’hui dans la ligne de mire…
Oui. Cette dernière grève contre Xavier Darcos est aussi la première grève contre Luc Chatel. Il a bénéficié d’une sorte d’attentisme prudent jusque-là mais la FSU, qui représente quand même deux enseignants sur trois, a choisi d’envoyer un coup de semonce. Ce qu’elle reproche, c’est finalement le soupçon qui pèse de puis le départ sur Luc Chatel : à savoir être avant tout un bon communicant, mais ne pas tenir compte réellement de ce qui se dit pendant les concertations. L’exemple le plus flagrant, c’est la mastérisation, où la plupart des acteurs sont vent debout contre les annonces qui ont été faites quant au calendrier et aux modalités e mise en œuvre de la réforme. Il y a un sentiment qui se répand que la concertation n’a été organisée que pour faire de l’affichage, sans réelle intention d’en tenir compte.
Et malgré tout, une grève qui ne sera pas forcément très suivie…
Oui. Plusieurs raisons à cela.
Elle n’est organisée que par une fédération, certes majoritaire, mais on sort de l’unité syndicale qui était la règle.
Dans les lycées, la contestation monte contre la réforme, mais elle n’a pas encore eu le temps de se structurer.
La gauche est plus déroutée et plus affaiblie que jamais : la polémique Peillon-Royal de Dijon a encore empêché une partie de l’opposition de formuler en positif un projet pour l’école.
La mastérisation n’est pas un sujet mobilisateur dans l’enseignement scolaire, il l’est surtout dans le supérieur.
Et puis les grèves d’un jour n’ont jamais permis de gagner quoi que ce soit. Même les mouvements assez suivis de l’an passé n’ont abouti à rien. Il y a un doute, profond, sur les modes de mobilisation, parmi les enseignants.
Mais j’insiste, ça reste une grève en trompe l’œil : un échec du mouvement, demain, ne constituerait en aucun cas un blanc seing donné au gouvernement.
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