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Jean-Rémy Macchia

Ancien rédacteur en chef-adjoint de L’Automobile magazine et de L’Auto Journal, il a également été professeur de français.

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Voiture électrique : l’Europe en parle, mais…

Jean-Rémy Macchia - 8 février 2010

La voiture électrique : aujourd’hui, journée importante, puisque les ministres de l’industrie européens se rencontrent en Espagne pour aborder cette question. Mais… de quoi va-t-on parler au juste ?

Ecouter l’intégralité de la chronique  (4'17")
 

La voiture électrique, pour paraître écolo, il n’y a pas mieux. Mais les affirmations les plus farfelues circulent lorsqu’on parle, aujourd’hui, de voiture électrique. Avec notamment des certitudes techniques qui n’ont rien de réaliste.

D’abord, la voiture électrique, ça n’a rien de nouveau ?
Exact. Mouvoir une voiture individuelle par des batteries et un moteur électrique, ça remonte aux tout débuts de l’automobile. C’était il y a plus de 120 ans.
Avec toujours et invariablement le même problème d’autonomie qui revient. Même si l’électricité apporte des avantages évidents. Et notamment d’être totalement silencieuse, et de n’émettre aucune fumée toxique, aucune pollution, sur le lieu d’utilisation.

Ca résout donc tous les problèmes d’environnement ?
Non. Car si la voiture électrique est propre durant son trajet, son bilan écologique global, qui intègre la totalité de son cycle de vie, depuis sa fabrication jusqu’à son recyclage, lui, est loin d’être neutre pour l’environnement.

La voiture électrique comporte des inconvénients pour la nature ?
Oui. D’abord, l’extraction des matières premières nécessaires à la fabrication des batteries. Regardez quelles blessures peuvent faire à la nature les mines à ciel ouvert qui sont faites en Bolivie pour l’extraction du lithium, ou en Nouvelle-Calédonie pour le Nickel. Ce sont d’énormes échancrures dans le sol, qui défigurent les paysages, et surtout endommagent les écosystèmes environnants.
Et, quand on parle de batteries pour automobiles, ce n’est pas comme pour les portables : ce ne sont pas 15 ou 20 grammes de batteries, mais des ensembles de plus de 200 kilos par voiture. Vous voyez les quantités mises en jeu…

Mais les rejets en gaz carbonique – gaz à effet de serre – sont nuls ?
Pas du tout. Encore une fois, en prenant en compte la totalité du cycle de vie d’une voiture électrique, depuis sa fabrication jusqu’à son recyclage, on s’aperçoit qu’une petite voiture électrique, émet finalement 40 ou 50 grammes de gaz carbonique au kilomètre. 40 à 50 grammes de CO2, c’est deux à trois fois mieux qu’une petite voiture à moteur classique. Mais vous voyez bien que ce n’est pas neutre non plus.

Et puis, demeurent les problèmes d’autonomie ?
Bien sûr. La traction électrique, ça peut être très performant. Mais la quantité de courant consommé est extrêmement importante, avec du coup un rayon d’action ne dépassant pas, aujourd’hui, 80 km.
Vous entendrez des constructeurs qui annoncent 140 à 160 km d’autonomie pour leurs prochaines générations de voitures électriques. Mais la réalité reste toujours que vous videz vos batteries en 80 km au maximum. Et que, pour les recharger, c’est au moins 6 à 8 heures.

Que peut-on attendre de cette réunion européenne d’aujourd’hui ?
Les conclusions de cette journée, c’est trop tôt pour en parler. Mais ne soyons pas trop naïfs. Si c’est pour entendre que la voiture électrique résout tous les problèmes d’environnement, c’est une grosse baliverne. Et si les responsables politiques nous parlent d’un monde meilleur où 20, voire 30% des voitures seraient électriques, c’est de l’utopie à l’état pur.
Car les matières premières utilisées dans les batteries sont rares à la surface du globe. Même en les exploitant intensivement, il n’y a pas de quoi fabriquer des batteries pour des millions de voitures. Les scientifiques crédibles – indépendants de la grande industrie et de ses enjeux financiers – évaluent à 2% maximum de la production automobile mondiale la part qui pourrait adopter la traction électrique.


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