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Gardes à vue d’automobilistes : pourquoi une telle inflation ?
Jean-Rémy Macchia - 29 janvier 2010
Matthieu Aron, responsable du service Enquêtes à France Info, révèle dans son livre sorti hier, "Gardés à Vue", que 250 000 automobilistes sont conduits chaque année en garde à vue en France. Un chiffre tout simplement stupéfiant…
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250 000 gardes à vue annuelles pour des fautes routières, c’est énorme.
Qui sont ces délinquants routiers qui se retrouvent, pour quelques heures, ou pour une journée, incarcérés, voire menottés dans un commissariat… ?
Alors, n’ayez pas d’angoisse non plus : cette pratique qui connaît un essor énorme peut vous concerner. Mais elle ne s’applique pas à toutes les fautes de conduite.
C’est vrai que l’ampleur du phénomène surprend…
Avec, d’abord, une révélation inattendue dans ce livre… ?
Oui. Ces 250 000 gardes à vue par an sur des automobilistes avaient tout simplement été « sorties » des statistiques. Oubliées. Ou plus exactement nommées autrement. On parle pudiquement de personnes qui apparaissent dans le « bilan du comportement des usagers de la route ».
En attendant, la réalité carcérale qu’ils vivent quelques heures, voire une journée ou un peu plus, est strictement la même. Ces conducteurs – ou conductrices – sont amenées dans un commissariat, enfermées, souvent menottés, et traités comme des délinquants.
Les automobilistes « gardés à vue » sont en augmentation ?
Le chiffre explose depuis le début des années 2000. Aujourd’hui, les auteurs de délits routiers constituent la moitié des prévenus comparaissant devant un tribunal correctionnel. Une proportion multipliée par 3 et demi en 13 ans.
Et ces dernières années, la hausse s’est encore accélérée.
Ca signifie qu’à l’heure actuelle, 1 délinquant sur 2 est un automobiliste. En prenant le mot « délinquant » dans son sens juridique précis, c’est-à-dire l’auteur d’un délit.
Précisément, quelles sont les fautes qui peuvent amener un automobiliste en garde à vue ?
Pas les simples contraventions, franchissement de ligne continue ou stop grillé. Uniquement les délits.
Le gros des automobilistes amenés en garde à vue, c’est la conduite sans permis (ou malgré une suspension de permis) et un degré d’alcoolémie trop élevé.
Il y a aussi un accident à vos torts qui occasionne des blessés ou des tués, l’absence d’assurance, la présence d’un détecteur de radar, une récidive de gros excès de vitesse de plus de 50 km/h, un refus d’obtempérer, un délit de fuite, un outrage à agent, l’usage de fausses plaques, et le refus de se soumettre à des vérifications d’alcoolémie ou de drogue.
Concrètement, la garde à vue, ça consiste en quoi ?
Vous êtes arrêté à bord de votre voiture. Eventuellement menotté sur place. Puis conduit dans un commissariat de police ou de gendarmerie, où vous pouvez être placé dans une cellule d’incarcération.
Une cellule, c’est petit, c’est souvent mal nettoyé, plusieurs personnes témoignent que ça pue l’urine et que c’est carrément repoussant. Et, surtout, vous vous retrouvez dans une exiguïté totale en compagnie de vrais délinquants, des auteurs de délits de droit commun.
Et puis il y a la fouille, souvent humiliante, le fait d’être menotté à un banc, d’être photographié avec un panneau portant votre identification, votre matricule, comme un prisonnier…
Tout cela, ça fait plutôt peur… ?
Oui.
Mais… je ne vous raconte pas ça pour vous effrayer.
Simplement, cette explosion du nombre de délits relevés, et surtout la façon dont sont traités aujourd’hui les automobilistes qui se trouvent dans cette situation…, tout cela interpelle.
Le problème, c’est que le comportement des automobilistes ne s’est pas aggravé en 10 ans. Simplement, la répression s’est accentuée, et conduit plus souvent au commissariat ou devant un tribunal correctionnel les automobilistes.
Ces méthodes avaient moins cours auparavant ?
Exactement.
Bien sûr, je n’incite personne à commettre de grosses fautes de conduite, et je ne justifie absolument pas le fait de prendre le volant après avoir trop bu, ou sans permis de conduire.
Il faut juste se rendre compte que, même pour vous, citoyen Lambda, simple automobiliste, tout peut basculer très rapidement.
Un refus d’obtempérer, c’est vite arrivé. Ou la limite d’alcool de 0,8 gramme par litre de sang : sur des personnes de petit gabarit, c’est trois verres de vin.
Et ça, ça vous conduit facilement en garde à vue.
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